À la recherche de la modernité

TitreÀ la recherche de la modernité
Type de publicationArticle de revue
AuteurTaunay, Benjamin
EditeurUniversite Michel de Montaigne
TypeArticle scientifique dans une revue à comité de lecture
Année2011
LangueFrançais
Date2011/02/08
Numéro1
Pagination135 - 150
Volume253-254
Titre de la revueLes Cahiers d'Outre Mer
ISSN0373-5834
Résumé en anglais

L’obsession, sinon la vive inclination des touristes chinois pour tout « déploiement » de la modernité est visible dans de nombreux lieux touristiques. Ce souci du moderne présente une conséquence que le regard occidental serait tenté de qualifier de manière péjorative : un regard distant sur le patrimoine, au sens du patrimoine matériel, bâti. Aucun commentaire de la part des touristes chinois ne fuse sur l’association ou la juxtaposition, parfois malheureuse, des nouvelles constructions et des édifices anciens « authentiques ». Quelques auteurs ont déjà souligné cette absence de normes dans la protection du patrimoine et la proximité entre patrimoine et pastiche. Pour étayer et prolonger cette idée, cet article propose de se pencher sur les représentations des touristes intérieurs chinois face à ces constructions, non authentiques pour le regard occidental. Un exemple central est choisi, c’est le cas de Guilin, une ville moyenne (700 000 habitants) du Sud-ouest de la Chine, mais une ville connue dans tout le pays pour ses paysages (shanshui). Guilin est devenue tellement touristique que le visage de la cité en a été profondément transformé : le centre-ville a été déplacé de près d’un kilomètre vers le Nord (1997) et de nouvelles constructions « patrimoniales », comme des ponts, des pagodes ou des remparts sont maintenant au cœur des circuits touristiques. Les quartiers centraux de la ville ont été patrimonialisés, c’est-à-dire transformés pour que les touristes puissent ici réaliser « un circuit avec des milliers d’années d’histoire ». Le discours des guides sur ces espaces souligne même l’ancienneté de ces éléments, alors même qu’ils sont très récents (2003 pour les derniers). Cela ne semble pourtant pas choquer les touristes. Au contraire, ces touristes ignorent passablement les sites où les bâtiments de la cité sont « d’époque »  ; ils préfèrent se rendre dans des rues où le bâti a été en très grande partie reconstruit, parfois selon des plans qui diffèrent largement des originaux. C’est la logique de « faire du vieux avec du neuf ». Le regard chinois laisse donc peu de place à la question du vrai et du faux, de l’authentique et de l’artifice, et la déférence pour le bâti est donc ici moins grande qu’en Occident. Les logiques répondent cependant aux souhaits des touristes de vivre une expérience moderne, plutôt qu’une expérience « authentique ».

URL de la noticehttp://okina.univ-angers.fr/publications/ua7228
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http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=COM_253_0135